Fausses couches: parlons en bien, parlons en beaucoup (ma contribution pour les bluesblogueurs.fr)

22 Oct

Y’a des gens pour qui la fameuse phrase : « Chéri, et si on faisait un bébé ?» annonce de joyeuses parties de jambes en l’air.

Des moments insouciants, heureux et amoureux.

Et pour d’autres, cette phrase, ça annonce  l’attente, la peur, la déception, les cachets, les piqures, les RDV où tu montres ton intimité à tout bout de champ.

Des moments soucieux, malheureux et en colère.

J’ai fait partie de la 1èrecatégorie pour mon Fiston. Chance insolente. Et maintenant que j’essaie de lui donner un petit frère, je suis tombée dans la seconde.

Au début je me sentais seule. Pourquoi moi ? Pourquoi il a fallu que ça tombe sur MOI, quand TOUT LE MONDE autour de moi arrive si bien à faire des bébés ?

Et puis j’ai eu besoin d’en parler. A beaucoup de monde. Une façon de dédramatiser les choses surement. Amis réels, amis virtuels (surtout).

Et là, je me suis rendue compte que je n’étais pas seule. Que j’étais très loin d’être seule. Que limite, dans mon malheur, j’avais vachement de chance.

Et là, je ne parle pas des histoires abracabrantesques de Doctissimo. Non des vrais gens, qui me racontent à moi leur vécu. Leur peine. Leur douleur. Et parfois leurs espoirs et leur bonheur.

Alors je ne sais plus ce qui est mieux.

Avoir trouvé des gens à qui parler, avec qui on se soutient, on se réconforte ?  Et en avoir le cœur gros ?

Ou avoir réalisé le nombre de couples qui souffrent, à qui on refuse ce que leurs tripes leur réclament ? Et en avoir les larmes aux yeux ?

Bon, qu’est-ce qu’on ressent, vraiment, quand on n’arrive pas à faire de gamin ? Vous savez, c’est un peu un club VIP, faut adhérer pour pouvoir rentrer. Et comprendre.

Mais je vais quand même vous donner, à vous gens fertiles, quelques petits indices sur les choses à ne pas dire ou faire face à quelqu’un qui manifestement n’a pas un schéma familial traditionnel (j’entends 2 à 3 enfants de 23 mois d’écart, en début de trentaine).

Tout d’abord, évitez les poncifs, dont le fameux « c’est dans la tête ». Oui bien sur. Tout le monde sait que t’arrives pas à guérir de ta grippe quand tu prends pas bien tes médicaments dans ta tête. Que t’arrives pas à faire caca quand t’as trop mangé de chocolat dans ta tête. Et que t’arrives pas à faire de gosse quand t’as… quand t’as quoi d’ailleurs dans ta tête ? Tu le veux pas assez ? Tu le veux trop ?

« Ça va venir ». Ou pas d’ailleurs. Donc je fais quoi ? J’attends d’être fanée pour me dire« oh zut, trop tard » ? Je continue longtemps à avoir une vie sexuelle rythmée par le cycle lunaire ?

« T’es jeune, t’as le temps ». Voir ci-dessus. J’ajouterai que si, pour la société tu es relativement jeune à 32 ans, tu l’es nettement moins d’un point de vue médical. Comme ça, hop, t’as pas de bol, t’es infertile et en plus t’es vieille !

Une spéciale dédicace pour les fausses couches : « Oh, vous n’étiez enceinte que d’un mois 1/2, ça va, c’est MOINS PIRE que si ça avait été à 6 mois ou juste avant la naissance!! » C’est fou tout ce à quoi on a le temps de penser en 1 mois ou 2. Au plaisir de voir ton ventre s’arrondir, à la joie de l’annoncer à tous, au bonheur d’imaginer une adorable bouille de bébé… Je savais pas que la douleur est proportionnelle au poids du bébé.

Et puis d’abord moins pire ça se dit pas.

« La nature est bien faite, c’est surement une bonne chose que cet embryon n’ait pas tenu. T’imagines, t’aurais pu avoir un enfant anormal (moue d’effroi en général qui accompagne ce propos). » Alors, comment te dire. La 1ère fois, oui, c’est ce qu’on se dit. Il devait y avoir une couille dans le pâté, donc c’est pas plus mal. Mais au bout de 2 (puis 3, puis 4), avec des« autopsies » tout à fait normales, j’ai plus trop envie de penser que la nature fait bien les choses. Donc, mon fameux petit adage poétique vous en conviendrez: « Dame Nature sa mère la pute ».

Et ne JAMAIS, au grand jamais, dire : « c’est pas grave, t’en as déjà un ». Et si je te coupais une jambe, et que t’aurais pas le droit de te plaindre, parce que t’en as déjà une ? Et si je te pétais la gueule, c’est pas grave, t’en aurais plus mais si c’est pour dire des conneries pareilles…

Ce qui ne te tue pas te rend plus fort. Ou plus insensible. Pardon.

Bon, on sait bien que c’est pour être gentil. Le problème, c’est qu’en souhaitant dédramatiser les choses, ces petites phrases les minimisent. Et nous interdisent de pleurer cet espoir d’enfant.

S’il vous plait, ne nous dites pas ça. N’essayez pas de clore la discussion trop brutalement.  Une femme victime d’une (de plusieurs…) fausse couche a besoin d’exprimer sa douleur, et a besoin de sentir qu’on peut l’écouter.

En ça, je ne remercierai jamais assez mes ami(e)s du web, twittos, blogueurs. Grace à vous, je peux parler.

J’espère que vous, qui lirez ceci, parlerez aussi…

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9 Réponses to “Fausses couches: parlons en bien, parlons en beaucoup (ma contribution pour les bluesblogueurs.fr)”

  1. To be or not to be PMA octobre 23, 2012 à 7:27 #

    Si seulement ce genre de réactions n’était que pour ce genre de problèmes, on dit tous ce genre de banalité, sur n’importe quel sujet..
    Je pense bien à toi et te souhaite d’attendre 9 mois ce futur petit frère ou petite sœur 🙂

    • moitoutetrien octobre 24, 2012 à 3:29 #

      Le sujet n’était pas ici de culpabiliser ceux qui osent parler à quelqu’un dans la douleur, mais d’expliquer qu’il vaut mieux laisser parler plutôt que de chercher à clore la conversation brutalement (et maladroitement!).
      Merci bcp, des bisous

  2. nadianounette février 10, 2014 à 6:12 #

    Le post date un peu et je viens de le découvrir. Et MON DIEU MERCI, qu’il fait du bien de lire tout ca. Je traverse en ce moment même cette sale epreuve et je me reconnais dans tout ce qui est dit. C’est vrai les ptites phrases à 2 balles sont souvent pas dit méchament mais m**** quand on vient de vivre ca, on a envie de tout, sauf d’entendre ca. Merci beaucoup, cette lecture m’a fait un bien fou

    • moitoutetrien février 10, 2014 à 6:21 #

      Ravie alors!
      Il y a des choses dures a encaisser, et des paroles qu’on refuse d’entendre…
      Je te souhaite de vite sortir de cette spirale de merde, et de pouvoir bientôt annoncer une bonne nouvelle (et tout plein de nausée!)

      • nadianounette février 11, 2014 à 5:21 #

        Oh oui, des nausées, des aigreurs d’estomac, une fatigue en plus en pouvoir et des seins comme des ballons 😉 Je lache rien et je, enfin ON (car pour faire un bébé j’ai besoin de ma douce moitié) va y arriver. En attendant wait and see et merci.

  3. Crevette d'ODouce octobre 13, 2014 à 8:44 #

    ♥ il ne me semble pas l’avoir lu celui là…

    • moitoutetrien octobre 14, 2014 à 6:31 #

      Une autre époque…

      • Crevette d'ODouce octobre 14, 2014 à 8:56 #

        Pourtant j’avais lu les autres sur le sujet quand j’ai commencé le blog… ils trouvaient écho en moi.

      • moitoutetrien octobre 17, 2014 à 10:41 #

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