Je saigne encore

18 Sep

Il y a maintenant 5 ans, presque jour pour jour, j’apprenais que j’étais enceinte de mon 1er enfant. Je n’avais même pas eu le temps de réaliser que j’avais vraiment arrêté la pilule, qu’on allait construire quelque chose, et ce quelque chose s’est imposé à moi. Avec une facilité déconcertante.

Enceinte dès le 1er essai, grossesse parfaite, accouchement sans problème. Bébé génial.

Et puis on a eu envie d’un 2è enfant.

Dame Nature a du trouver que ça avait été trop facile la 1ère fois. Et comme je n’avais pas du bien mesurer ma chance, elle me l’a fait payer. Cher, cette salope.

Je tombe enceinte au bout de quelques mois (pfiou, c’est long en fait !). Mais je me sens bizarre. Ma prise de sang me met le doute, mes saignements me le confirment. C’est une fausse couche. Je fonds en larmes dans le cabinet de mon médecin qui me connait bien.

Devant mes analyses de sang (catastrophiques), j’entends qu’on me dit qu’il faut que je me repose. Mais je comprends : « c’est de ta faute ». Je ne comprends pas.

Je suis forte, c’est comme ça, et je décide de ma vie. J’ai décidé d’avoir un bébé, dc je retente. Comme si de rien n’était (un simple « accident de parcours » comme on l’entend souvent). 3 mois plus tard, je suis enceinte. Ah, trop facile ! Mais se rejoue un scénario que je commence à connaitre. Taux HCG ridicules, saignements…

Je crois à ce moment là que mon médecin voit en moi le désespoir que je n’ose m’avouer à moi-même. On commence une batterie d’examens. Je les fais, j’en suis heureuse, on va trouver ce qu’il se passe, impossible que mon plan foire. Mes enfants devaient avoir 3 ans d’écart vous comprenez, je suis en retard, c’est inadmissible.

Mais on ne trouve rien. On en vient à ce que je redoutais, ce que je fuis depuis le départ. Le fameux « c’est dans la tête ». Non, ma tête va bien merci, je veux juste un bébé, quoi c’est trop demandé ? Merde, j’ai toujours tout planifié et ce plan là part en sucette, je ne peux pas m’y résoudre, si je ne trouve pas de solution c’est qu’il n’y a pas de problème, alors on continue, on va y arriver, go, go.

Ce que je ne comprends pas, ou plutôt que je ne veux pas reconnaitre, c’est que cette posture d’attaque n’est qu’une minable fuite, une façon de m’interdire de me poser, de m’arrêter sur ces espoirs déçus pour en faire calmement et tranquillement le deuil.

Parce que le deuil, je ne l’ai pas fait. En vérité, je ne sais pas faire.

Avant je ne pleurai pas beaucoup. Presque jamais d’ailleurs. Je pensais être forte, c’est comme ça qu’on me voit. Mais en réalité je suis une gamine qui a peur d’ouvrir la boite de Pandore. Et ces fausses couches sont un détonateur très fort pour l’ouvrir.

Je maintiens le couvercle de toutes mes forces.

Et je fais une 3è fausse couche. La plus dure de toutes. Cette fois-ci, j’y croyais. Taux bons, symptômes de grossesse bien présents. Le couperet tombe en semaine 8 : œuf clair. Semaine 8, ça parait pas beaucoup, mais ça fait 2 mois. 2 mois à croire qu’on porte la vie, 2 mois à imaginer son ventre enfin gonfler, 2 mois pour (commencer à s’autoriser à) rêver au bébé qui va arriver… Et puis non, rien. Une échographie horriblement plate, un écran noir sur lequel rien ne bouge et d’où aucun son de sort.

Rien ne sort de ma bouche non plus, ni même de mes yeux. Ils restent secs face au médecin. Je suis forte. Je vais seule à la clinique pour mon intervention, je me réveille seule de mon anesthésie générale. Je suis forte.

On part sur un traitement lourd. Des cachets, pire que ma grand-mère. Des piqures. Je grossis, je fatigue, mais j’encaisse sans broncher. J’ai décidé que j’aurai ce bébé, je l’aurai.

Et vous savez quoi ? Cet été, j’ai été enceinte. Ouais, « ai été ». J’ai fait une fausse couche. C’est devenu tellement banal. Cette fois j’ai beaucoup saigné. J’ai eu mal. Et j’ai beaucoup pleuré.

Ai-je enfin lâché quelque chose ? Vais-je enfin accepter de me laisser aller à mon chagrin, et faire ce deuil ?

Je ne sais pas du tout où j’en suis. Ce que je sais, c’est que je pleure beaucoup.

Et au fond de moi, je saigne encore.

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8 Réponses to “Je saigne encore”

  1. instantdeparents septembre 18, 2012 à 3:57 #

    Je ne pleure pas non plus. Seule la dernière de mes fausses couches a pu m’arracher des larmes. Peut on vraiment faire son deuil d’un enfant ? Même en ayant eu bébé chou je saigne toujours pour ce bébé. Je t’embrasse très fort

    • moitoutetrien septembre 19, 2012 à 9:03 #

      Le deuil d’un enfant non. Le deuil d’un désir trop fort et trop douloureux peut-être…

  2. Barbidou septembre 18, 2012 à 6:09 #

    Commebt accepter que l’on puisse perdre cette promesse de bonheur ? Je crois que l’on oublie jamais. On relève la tête, on redresse les épaules, on se déplie et on se permet d’espérer une belle issue.
    Garder confiance, garder espoir. Attendre que le temps fasse son oeuvre
    Je t’embrasse fort ..

    • moitoutetrien septembre 19, 2012 à 9:04 #

      tu es belle les épaules redressées. Je me sens encore toute pliée, mais je lève la tête timidement.

  3. rawkusblog septembre 19, 2012 à 9:08 #

    Ce terme je l’ai maintenant en tête depuis un bout bout de temps, presque 5 ans maintenant depuis que l’on s’est décidé à voir un enfant.
    A cette période, on est encore bien insousciant, on se dit qu’en arrêtant la contraception, la grossesse risque d’arriver quelques temps plus tard…mais non rien.
    Pendant 2 ans, on est confiant, on se dit qu’il faut être patient, que dame nature va bien finit par se réveiller…mais non.
    Donc nous voilà chez une spécialiste, à faire des teste en tout genre etc
    Elle nous dit que tout est ok, que l’on est jeune, que ça va arriver, nous fait commencer des traitements pour nous assister mais toujours rien.
    On part donc sur l’assistance médicale genre FIV, insémination mais tout se solde par des échecs, dont un oeuf clair et une grossesse extra-intérine…
    A ce moment là, on parle d’injustice, on se dit qu’on est les plus malchanceux du monde etc etc
    Mais c’est pas vraiment constructif, cela nous épuise physiquement et psychologiquement, donc, on décide de faire le deuil, de se dire que l’on peut faire autrement, que l’on doit vivre pour nous 2, reprendre les choses que l’on avait arrêté de faire, genre voyager, ou sortir avec les copains (et boire de l’alcool pour mon amie !).
    Bref, décompresser et du coup, être plus serein et philosophe quand on réessayera.
    Facile à dire mais on essaye et pour l’instant, on est pas trop mal.
    Donc, je sais pas si mon témoignage peut t’aider mais bon
    To be continued
    A bientôt

    • moitoutetrien septembre 19, 2012 à 9:07 #

      Donne moi ta recette pour décompresser et tenter de rester serein. Ce désir d’enfant est trop fort pour moi, impossible encore de le lâcher, même temporairement, meme si cela peut être positif…
      Je te souhaite de tout coeur que votre calvaire se termine et que ton amie arrête l’alcool pour au moins 9 mois!

  4. Lil'Mum septembre 20, 2012 à 9:31 #

    Bon, vivement cet aprem queje te serre dans mes bras… 😦
    (Je pense que dame nature va en prendre pour son grade

    • moitoutetrien septembre 24, 2012 à 8:10 #

      Tu sais quoi? je crois que Dame Nature n’en a pas assez pris, faut qu’on se revoie! 😉

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